9 SEMAINES 1/2- EXTRAIT 2

unnamed-1Elizabeth Mc Neill
Extrait 2
 
 
 
CE QU’IL FAISAIT
 
*Il me nourrissait. Il achetait la nourriture, faisait les repas, lavait toute la vaisselle.
*Le matin, il m’habillait; le soir, il me déshabillait, portait mon linge avec le sien à la blanchisserie. Un soir, alors qu’il m’ôtait mes souliers, il décida qu’ils avaient besoin d’être ressemelés, et les porta le lendemain même chez le cordonnier.
*Il me lisait inlassablement des journaux, des revues, des romans policiers, des nouvelles de Katherine Mansfield; il lisait même à voix haute mes dossiers, quand je les apportais chez lui pour travailler.
*Tous les trois jours, il me lavait les cheveux. Il les séchait avec mon séchoir à main; il se montra maladroit les deux premières fois seulement. Un jour, il m’acheta un peigne extrêmement cher ( un Kent of London) et me frappa avec. Les éraflures produites par ce peigne durèrent plus longtemps que les autres. Mais tous les soirs, il s’en servait pour me peigner. Jamais — ni avant, ni plus tard — mes cheveux n’ont été peignés aussi soigneusement, aussi souvent, et avec un tel amour. Ils brillaient comme jamais ils n’avaient brillé.
*Il m’achetait des Tampax, les introduisait et les enlevait. La première fois, je fus complètement abasourdie, et il me dit: «  Je te lèche bien quand tu as tes règles, et nous aimons ça tous les deux. Quelle est la différence? »
*Il préparait mon bain tous les soirs, essayant toutes sortes de cristaux, d’huiles et autres produits, prenant un plaisir d’adolescent à m’acheter une grande variété de sels, tout en continuant, quant à lui, à prendre ses douches habituelles avec du savon et du shampoing ordinaires. Je me demandais tout le temps ce que la femme de ménage pouvait penser du fouet posé sur l’évier de la cuisine, des menottes accrochées au bouton de la porte de la salle à manger, des chaines argentées jetées dans un coin de la chambre. J’essayais d’imaginer ce qu’elle pouvait penser de cette soudaine prolifération de flacons, de neuf types de shampoings (presque jamais utilisés) qui emplissaient l’armoire de la salle de bains, des dix sels de bain différents alignés au bord de la baignoire.
*Chaque soir, il enlevait mon maquillage. Jamais je n’oublierai la sensation que j’éprouvais quand je m’asseyais dans le fauteuil, les yeux fermés, la tête rejetée en arrière, et qu’armé d’un morceau d’ouate, il nettoyait avec douceur mon front, mes joues, en s’attardant longuement sur mes paupières…
 
extrait de «  9 semaines 1/2 », Elizabeth Mc Neill. ©Elizabeth Mc Neill, 1978. 
 ©Editions Au diable vauvert, 2013, pour la première édition. ©LGF, 2015, pour la traduction française de la postface.
Crédit photo: Unknown.Tous droits réservés.

A PROPOS DE L’AUTEURE:  Elizabeth Mc Neill est le pseudonyme d’Ingeborg Day. Editrice pour Ms Magazine, elle publie en 1978, sous le pseudonyme d’Elizabeth Mc Neill, le Corps étranger, qui sera ensuite réédité sous le titre de 9 semaines 1/2 après son adaptation au cinéma en 1986 par Adrian Lyne avec Mickey Rourke et Kim Basinger. En 1980, elle publie un roman autobiographique, Ghost Walt. Elle s’est suicidée en 2011.

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