AVOIR DE « L’EAU »…OU PAS!

A PROPOS DE ...

"L'EAU SACRÉE".

Paris, 15 Février 2018.

Un article paru dans Slate, le 13 février dernier, intitulé
"Au Rwanda, le culte de l'éjaculation féminine"  évoque la pratique du "Kunyaza", un rituel séculaire de l'éjaculation féminine comme " une sorte de norme sexuelle » soi-disant « aux antipodes d'une sexualité globale qui a longtemps eu pour objectif la satisfaction de l'homme".

Ayant vu l'hiver dernier, le film dont cet article de Slate se fait le relais, "L'eau sacrée", du documentariste belge Olivier Jourdain (contrairement à la plupart de celles et ceux ayant relayé cet article, lecteurs afro compris), il me semble important d'apporter quelques éclaircissements à l'information...

NON, le "Kunyaza" n'est PAS un "acte sexuel féministe"

comme le prétend LE réalisateur du film ! Derrière cette pratique (qui consiste en fait à balayer le vagin avec le pénis en insistant sur le clitoris, pour provoquer chez la femme, une éjaculation) se cache une autre : le " Gukuna ". Elle consiste à étirer aux jeunes filles les petites lèvres vaginales vers le bas (comme on trairait une vache !) pour qu'elles produisent " 'l'eau ".

C'est une pratique présentée comme " importante " au sein de la communauté, car elle œuvrerait à l' "accomplissement" des jeunes filles; 'l'eau' venant plus facilement si on a tiré les deux petites lèvres, rallongées leur longueur. Et tant pis si ça " brûle un peu après " !

En clair, c'est la satisfaction DU MARI qui est au centre de la pratique du " Gukuna . PAS celle de la femme. Ce n'est pas une pratique censée développer le plaisir féminin, mais un moyen est-il dit aux jeunes filles, épouses en devenir de " garder leur mari ", comme ça IL n'ira pas voir ailleurs...

Outre le fait qu'il s'agit d'une ATTEINTE à l'intégrité du corps des filles (on parle ici d'adolescentes ainsi "préparées"), perpétrée parce qu'au sein de leur société, (comme dans celles pratiquant l'excision ou le repassage des seins), leur intimité appartient -encore- à leur communauté, cette pratique érige la satisfaction DES HOMMES comme maître étalon.

Les femmes sont dotées de " cet océan " POUR LE PLAISIR ET LA TRANQUILLITÉ DE LEURS MARIS. Si elles "ont l'eau", c'est merveilleux. Si elles n'en n'ont pas, c'est problématique. Lors des rapports sexuels, si l'homme ne fait pas jaillir l'eau, il sera frustré et la femme sera vexée.
Si l'homme trouve cette eau c'est un grand HONNEUR qui est fait À LA FEMME.
Elle peut en être fière. Et se sentir alors " vraiment " femme.

La pratique aiderait parait-il aussi, à "préserver" le couple, le "renforcer" (sic!).

A l'origine de la croyance derrière le "Kunyaza" et  le " Gukuna:

La légende veut que le roi parti à la guerre, la reine restée seule, commença à se toucher… et l'eau finit par jaillir. Au retour du roi, elle lui expliqua comment tapoter pour la faire jouir.
Il ne devait pas QUE la pénétrer.
Les hommes disent que la pratique s'est alors " améliorée ", " c'était mieux qu'avec le doigt ", et c'est ainsi que serait née la tradition.
Elle viendrait d'une " erreur " qui aurait servi le roi et la reine. … CQFD

A propos du  "Fontainisme":

TOUTES les femmes sont des fontaines ... qui s'ignorent!
Il s'agit d'un phénomène strictement physiologique qui s'apprivoise. Anatomiquement, les femmes fontaines n'ont rien qui les différencie des autres. Et être une femme fontaine n'est PAS une nature définitive. Chez certaines, le jaillissement par l'urètre en quantité abondante de ce liquide totalement inodore et incolore (qui n'est PAS de l'urine! on le répète), sera systématique, pour d'autres, occasionnel.

Femmes fontaines, chacune devrait pouvoir le devenir.
Rien ne devrait nous forcer à l'être.
Pas plus au Rwanda, qu'ici.
MAIS dans la culture patriarcale où nous baignons, la norme étant de brider les femmes dans l'expression de leur sexualité et de leur plaisir, le "fontainisme" fait l'objet d'une grande méconnaissance. Une ignorance faisant le lit de rituel séculaire et nocif allant à l'encontre du droit à l'intégrité corporelle des adolescentes, et présenté à tort comme une 'ode' à la sexualité féminine!

La bonne nouvelle est que la tradition du  "Gukuna" tend (fort heureusement) à disparaître. Un autre Rwanda est en train d'émerger, où la transmission de génération en génération s'opère sous de nouvelles modalités.

A noter que la coproduction a tenté il y a un an déjà et sans succès, d'organiser projections et discussions autour du film dont le CP promettait une plongée "dans une autre culture sous un regard nouveau, plus optimiste." Et dans l'article initialement mis en ligne par Slate, figurait une référence au réalisateur comme une sorte de "Tintin au Rwanda" qui depuis, a été supprimée (l'article ayant été modifié, hier).

Rien que cette référence aurait dû éveiller la suspicion des lecteur.trices.s

POUR CONCLURE ET POUR RAPPEL :
L'intimité des petites filles noires ne devrait appartenir qu'aux petites filles noires.

PERSONNE n'a rien à y foutre (même pas les femmes de leur famille!), surtout si "l'intervention" sous couvert de "tradition" ne vise qu'à les préparer à devenir de "bonnes" épouses!

Crédit Photo: "You Talkin' Ta Me?" - Cuban Girl at Beach - 1996
François Michel. Tous droits réservés.

 

Féministe Païenne, auteure et Parisienne,Axelle Jah Njiké est militante, entrepreneure et administratrice au sein du GAMS (Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles et des mariages forcés).Productrice, elle conçoit et développe également des contenus éditoriaux consacrés à la diversité de la parole des femmes dans l’espace public urbain, et dans l’intimité.Elle a publié "Païenne", en 2015 dans le recueil de nouvelles érotiques « Volcaniques : une anthologie du plaisir », sous la direction de Léonora Miano et est à l'initiative de parlonsplaisirfeminin.com, un site dédié à la littérature sexuellement explicite au féminin.

 

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