*EXTRAIT (1)* UN PETIT BOUT DE BONHEUR


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©photo: Hermann. Tous droits réservés.

"Crime ou délit ?"

Eh oui, même si ce préambule peut surprendre : oui ! nous sommes presque toutes excisées .
Presque toutes victimes d’un crime ou d’un délit.

Parce que si l’excision par le couteau est considérée désormais comme un crime contre l’humanité ( en vertu de l’article 12 de la Déclaration des Droits de l’Homme), il est une autre excision dont on ne parle pas. Sans doute, pas un crime au sens pénal du terme, mais un délit qui peut se rattacher à l’article 1383 de notre Code civil : « dommage causé à autrui par négligence ». ou encore : « privation de jouissance sans intention de nuire ». Voire « abus de droit ». Et aussi : « abstention délibérée d’information. ». J’en passe…

Cet article 1383 nous concerne presque toutes ; nous y figurons presque toutes des victimes muettes avec des témoins muets : le délit parfait, comme l’on dit crime parfait.
D’abord, des chiffres qui donneront une notion de l’étendue des dégâts :

  • le crime est à peu près dénombré : quelques 170 millions de femmes dont le clitoris est supprimé au couteau ;
  • quant au « délit », il touche presque toutes les autres ; c’est à dire 3 milliards et demi de femmes qui peuplent la planète.

Calcul rapide : si moins de 1% des femmes sont mutilées physiquement ( ce qui est encore trop), il y en aurait 90% au moins victimes du délit de non - information. Une proportion qui ne concerne pas tous les pays du monde, mais, paradoxalement, se retrouve dans les écrits et les déclarations des sexologues voire des gynécologues de nos civilisations occidentales dites évoluées.

Nous serions donc quelque 10% d’informées contre 90% d’ignorantes ?

Une ignorance qui nous a supprimé le clitoris d’une tout autre manière, mais des résultats identiques : de la manière sournoise des silences imposés.

Des silences imposés par l’occlusion des tabous, les interdits des censeurs, l’atrophie de l’objet.

Puisque les excisées au couteau nous ont donné l’exemple du courage des mots
( puisqu’elles ont osé prononcer le mot « clitoris »), allons-y, nous aussi, les excisées par l’ignorance ou les dictatoriales ignorances. Toutes victimes du délit de rétention d’information.

Tentons de rendre à cet organe sensitif sa dignité, son plaisir, sa jouissance, sa poésie."

© Rosemonde Pujol, un petit bout de bonheur
 Jean- Claude Gawsewitch Editeur, 2007.
A PROPOS DE L’AUTEURE: Rosemonde Pujol, 89 ans, officier de la Résistance, s’est consacrée au journalisme dès la Libération. Attachée de presse à l’INSEE, elle devient chroniqueuse économique spécialisée dans les problèmes de consommation, à France Inter et au Figaro notamment. Ecrivain, elle a publié une douzaine d’ouvrages.

Experte en clitologie, elle est décédée  le 22 Août 2009, à Auch, trois jours avant son quatre-vingt-douzième anniversaire.

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