*EXTRAIT* DÉSIRS VOILÉS

a6f3e86ecaae3843c294a72aa53ccda9©Tous droits réservés.

« En 1992, je me suis mariée. J’avais tout juste vingt-deux ans. J’ai décidé de me marier et j’ai choisi mon mari.
Pour être tout à fait franche, le soir de mes noces, je n’avais jamais vu ou même aperçu un homme nu. Pas même mon futur mari Hervé.
Sauf une fois, j’avais six ans, ma mère était malade le jour du bain, mon père m’a emmenée avec lui au hammam des hommes, me faisant passer pour son garçon. Médusée, mes yeux n’étaient attirés que par les parties génitales que je trouvais difformes et monstrueuses. J’étais pétrifiée, longtemps traumatisée. J’étais au milieu des ogres. Mon père m’a lavée très vite en m’ordonnant de baisser les yeux.

J’avais vingt-deux ans. J’étais belle. Je ne suçais pas. Je ne pratiquais pas la sodomie. Je n’avais jamais fait l’amour. Je ne savais pas caresser ni même masturber un homme.
Les Français ont du mal à imaginer cela. Ils ne savent pas tout à fait placer le « h » aspiré dans le mot Maghreb, mais ils fantasment qu’une Maghrébine saura leur aspirer le sexe, à défaut d’aspirer le « h »…

Ils pensent à tort, que le fait de vouloir à tout prix se maintenir vierge jusqu’au mariage, conduit les femmes du Maghreb à pratiquer bien d’autres techniques pour donner du plaisir à leur « amoureux ». Encore une idée reçue. Tenace, mais totalement reçue.

Sexuellement, je suis autodidacte. On n’apprend rien des choses du sexe au Maghreb. Cela vient naturellement. Ou cela ne vient pas. Quand cela ne vient pas, les femmes se contentent d’amour platoniques. Elles savent qu’un jour elles devront « y passer », mais elles remettent cela à plus tard. Bien plus tard.
J’ai eu un mariage traditionnel. Pour y être autorisé, mon mari, français et chrétien, s’est converti à l’islam. De bonne grâce, il est devenu musulman.
Un mariage traditionnel, cela veut dire que, quinze jours avant la date de mon mariage, je me rendais toutes les deux nuits au bain, pour les sept ablutions rituelles. A l’avant-veille de mon entrée au domicile conjugal, on m’a conduite, escortée de parentes qui poussaient des youyous, à la cérémonie du Takbib, ou lavage avec des seaux. Cinq jours avant ma nuit de noces, les marieuses ont aménagé ma chambre nuptiale, chez mon fiancé, accompagnées de musiciennes.

Puis, il y a eu le nahar el-farch, le jour des matelas. Ce jour-là, les marieuses ont aménagé l’alcôve nuptiale, en empilant les matelas les uns sur les autres, pour former une cloison ne laissant entre elle et le mur que la largeur d’un matelas, le lit nuptial.

Et puis, le mariage proprement dit. Du début de la nuit jusqu’à une heure du matin, c’est dans la maison de mes parents que tout se passait. Le patio et le rez-de-chaussée étaient réservés aux hommes. Toutes les femmes , y compris moi, étions au premier étage. Cloîtrées.

Aux environs de 5 heures du matin, deux marieuses sont allées chercher mon mari. Il est arrivé, vêtu de la traditionnelle djellaba blanche, et a traversé le patio, capuchon rabattu sur les yeux. Il est monté, les marieuses m’ont fait pivoter de son côté et ont levé le voile qui couvrait mon visage.

Pour la première fois, depuis plusieurs jours, nous nous regardions. Je songeais ce soir-là que bien des femmes dans mon cas découvraient pour la première fois le visage de celui qui allait partager leur vie, et leur lit. Mais il n’était pas encore l’heure de consommer notre union.

Au petit matin, sans m’avoir touchée, c’est la règle, mon mari est parti retrouver ses amis. Puis il est revenu à l’heure du dîner.

Après le dîner, nous nous sommes retirés, tous les deux. Et là, pour la première fois de ma vie, j’ai vu mon homme nu. Je n’en menais pas large. Les marieuses m’avaient bien renseignée sur ce qui allait se passer. Mais sans m’indiquer les précisions nécessaires.

Je me suis mise nue. Sans exagération de gestes. Sans chercher à l’émoustiller ou à l’exciter. Comment aurais-je pu savoir savoir exciter un homme ?...

Lui a fait de même. Aussi impressionnée par la procédure qui l’avait amené au bord de son lit nuptial. J’ai vu sa queue, droite et raidie. Elle m’a paru énorme. Lui, baissait les yeux, comme s’il était gêné de se découvrir devant une femme vierge.

Il s’est approché. Je lui faisais confiance. Je savais que j’étais loin d’être la première femme avec qui il allait faire l’amour. Doucement, tendrement, il s’est mis à me caresser. Longtemps. Puis délicatement il a remplacé ses doigts par sa bouche. Je l’ai repoussé en cachant mon sexe avec ma main, j’étais morte de honte, je n’avais jamais imaginé cette pratique.

Il s’est allongé sur moi lorsqu’il a senti le moment venu. Et il s’est introduit en moi, avec attention et beaucoup de caresses. Il m’a dépucelé avec beaucoup de tendresse et de douceur. J’ai remercié le Ciel de ne pas voir subi ce qu’avait enduré ma mère. »

© Lounja Charif, Désirs voilés. Tous droits réservés. Cet ouvrage a précédemment paru sous le titre : LA MAGHREBINE © Editions Blanche, Paris, 2010.
A PROPOS DE L’AUTEURE : Lounja Charif est née au Maghreb dans les années 1970, et est venue en France à l’âge de 19 ans. Au moyen de l’écriture, qualifiée sur son blog de « directe, franche et sans tabous ni détours », elle retranscrit son vécu, en particulier celui de la découverte de son corps. Elle a écrit La Maghrébine, aux Editions Blanche en 2010, repris sous le titre Désirs Voilés chez Pocket en 2011.

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