ME MY SEXE AND I™

 

luis-quiles-artwork-ilustracciones-22« Il est bon de jouir,
ma fille.»

 

It’s inthe arch of my back
the sun of my smile
The ride of my breasts
The grace of my style
i’m a woman
Phenomenally
Phenomenal woman
That’s me »

Phenomenal Woman- Maya Angelou

 

Je tiens de ma mère mon goût des livres.
De l’écrit. Du savoir. De la réflexion.

Pourtant, ma mère ne savait ni lire ni écrire. Mais c’est à cette femme encore adolescente qu’on priva du droit de choisir, que je dois le fait d’être écrivain. C’est à elle, qui fut mariée de force à 12 ans, à un homme qu’elle n’aimait pas, et qu’elle désirait encore moins, que je dois d’être sexuelle, libre et féministe.

Elle m’a laissé en héritage le goût de la chair, du plaisir, et de l’intime, et c’est au nom de cette transmission que je fais un rêve pour toutes celles dans le monde qui ne peuvent pas accéder aux mots, oser sortir des limites imposées à leur sexe, transgresser les codes et être maîtresses de leur sort.

Je rêve qu’ici, femmes libres,
vous vous réconciliez enfin authentiquement avec vous-mêmes,
Et deveniez des sujets dignes des combats menés par celles vous ayant précédées.

Je rêve qu’ailleurs,
Le sort des petites filles ne tienne plus à leur valeur marchande,
Leur sexe ne soit plus mutilé,
Et qu’elles puissent être envisagées comme des individus à part entière,
Libres d’aller et venir à leur guise,
Libres de prétendre à ce qui ne fut pas accordé à leurs mères.

Je rêve pour celles dont les mères peuvent être battues,
injuriées, répudiées pour avoir donné jour à une fille,
ou vitriolées pour la naissance d’une fille-au lieu du garçon escompté-
qu’ici vous ne soyiez pas seulement des êtres en demande d’hommes,
renonçant à incarner l’élan de changer les choses,
mais bel et bien des sujets, capables de jouir seules, de vos dix doigts.

Faisant de votre corps une arme révolutionnaire, une arme de libération, un messager rapportant l’histoire de celles qui vous ont précédées, témoin de votre construction identitaire, et de votre devenir.

Pour vous d’abord,
Au nom de vos mères, de leurs sœurs,
Et pour toutes celles ailleurs, dont le sort dépend de vos avancées,
Je fais le rêve que réveilliez l’essentiel, le sensuel, le nourrissant en vous.

Mon père
-cet homme avec lequel ma mère ne put mettre qu’à la vingtaine passée,
une image derrière le mot plaisir, des sensations, un vécu,
m’a souhaité un jour d’être « faite comme ma mère »…

Il m’a souhaité d’être une femme qui jouit,
une femme forte, désirante et désirable,
parce qu’il était fier de m’avoir conçue
avec cette femme, avec laquelle il avait eu tant de plaisir.

Au nom de mon père -et au nom de ma mère-
je fais un rêve pour toutes celles encore trop nombreuses,
dont les maris ne connaissent rien des choses de l’amour,
et pour qui le sexe est synonyme de peu de caresses,
pas de plaisir, pas de découverte de l’autre,
qu’ensemble, pères et mères, hommes et femmes,
Nous encouragions nos filles - femmes en devenir,
A ne renoncer ni à leur féminité ni à leur sexualité,
mais à placer les deux au service de leur liberté.

Qu’ensemble, nous autorisions enfin nos filles,
à être des femmes libres de s’exprimer,
de s’affirmer, de conquérir leur place dans le monde.

Des femmes en mesure de s’approprier une sexualité qui leur soit propre,
de prendre du plaisir,
et jouir exactement au moment où elles l’auraient décidé.

Je rêve que nous disions à nos fils- partenaires en devenir de ces femmes -
Que jouir est un droit pour chacune,
Au même titre que savoir lire, écrire, et choisir…

Qu’il est bon que leur mère,
Leur sœur,
Leur compagne,
soient en mesure d’accéder au plaisir, tout comme eux.

Et qu’ils n’ont pas à le redouter.

Je fais le rêve d’un monde où le plaisir
serait la chose la mieux partagée. 
Entre femmes et hommes.

Un monde dans lequel la puissance sexuelle des femmes
serait reconnue pour ce qu’elle apporte d’harmonie,
De joie,
De vérité,
Et de potentiel pour Tous.

Et où il sera enfin possible de dire :
Il est bon de jouir, ma fille …

 

©illustration: Luis Quiles. Tous droits réservés.
Axelle Jah Njiké.
extrait de "ME MY SEXE AND I™- Journal Intime d'une  féministe (noire)"
Parution: Printemps 2016.
Tous droits réservés.
A PROPOS DE L'AUTEURE: 
D’origine camerounaise, Axelle Jah Njiké est née en 1971 et vit à Paris depuis sa plus tendre enfance. Entrepreneure, elle conçoit et développe des contenus éditoriaux consacrés à la diversité de la parole des femmes dans l’espace public urbain, et à leur parole privée, dans le cadre de l’intimité.
Son premier texte, "Païenne" est paru à l'hiver 2015 aux Editions Mémoire d'Encrier, dans le cadre de l'ouvrage collectif " Volcaniques: une anthologie du plaisir",sous la direction de Léonora Miano.

Mère d’une fille, elle vit à Paris.

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