LA PREMIÈRE GORGÉE DE SPERME

unnamed-1Sept petites histoires de cul
Anne Cécile

 

Première vision

La première fois où j'ai vu un sexe d'homme en situation d'exercer pleinement ses pouvoirs, je fus très étonnée.
Ce membre gonflé, comme mû par un effort intense, alors qu'il n'y paraissait pas, ces veines saillantes, ce rond auquel perlait un liquide légèrement visqueux, ces couilles poilues, tout cela me parut d'un charme fort relatif, et justifier fort peu l'enthousiasme que son propriétaire avait l'air trouver en droit de susciter.

Non, cette bite brandie, fier étendard frétillant, ne m'inspirait qu'une passion fort mitigée.
L'heureux personnage au bout de cette cène somme toute ridicule, pour peu qu'on ait un poil de recul et deux sous de bon sens, n'était pas du genre à prendre mes atermoiements de jeune fille en compte pour me faciliter la tâche. Il m'avait sommé de faire passer notre relation au stade qu'il nommait élégamment de "préliminaires", et prenait la mission de former l'écolière que j'étais très au sérieux.
Il m'appris donc à me servir efficacement et sans complexe de sa verge.

" Tu la prends dans ta main et tu imprimes un mouvement de va et vient, ni trop doux, ni trop brusque, voilà, comme ça, plus vite, ne sera pas trop, encore..., oui, comme ça, je vais jouir, han han, je vais jouir, je jouis, oh!oui..."
Râles rauques du primate qui sommeille en chaque homme. La main poisseuse et le jean tâché, j'étais déconfite, mais son compliment me rasséréna un peu.
" Tu apprends vite. Tu aimes l'odeur? Sens. Tu mouilles?"
C'est tout juste si je savais ce que mouiller voulait dire.
Je veux dire pour moi.
J'avais bien sûr entendu maintes fois cette expression dans des bouches masculines, mais je n'avais jamais constaté autre chose que de minuscules traces d'escargot au fond de les blanches culottes. Je n'imaginais en aucune manière ce que pourraient être ces grandes coulées manifestés du désir qui vous saisissent au ventre, se propagent, et vous laissent dégoulinante et pantoise.

L'apprentissage de son propre sir n'a rien à avoir avec l'acquisition des gestes qui donnent du plaisir à l'autre. Avec cet homme, j'ai appris les gestes. Doucement, à contrecœur, méthodiquement, comme des gammes qu'inlassablement on répète.
Avant que la musique ne se mette à résonner, à palpiter dans son propre sang, et que le clitoris se gonfle de sang, désire être lappé, sucé, tripoté, caressé, le vagin doigté - un doigt, deux doigts, trois doigts, la main -, l'anus chatouillé, visité comme une caverne étrange et que dilaté de plaisir, avec une pointe de souffrance, il accueille avec ferveur un visiteur bien membré - défonce inimaginable du cul offert pour une collégienne.

Les préliminaires si justement nommés furent le prélude long à mon désir de femme.
Je trouvais déplacés les fêtes brusques, je rêvais de longs corps doux androgynes au mien presque semblables, de caresses extérieures, d'attouchements légers, loin d'une bestialité qui me faisait peur et à laquelle je céderai si volontiers quelques années plus tard.

J'avais de la pipe un souvenir effrayant.

Dans la cour du lycée, des garçons excités au possible, sûrement vierges encore et ne connaissant que leur propre main, fidèle alliée dé toujours, nous avaient mis sous le nez à des copines et à moi-même un feuillet porno dans lequel une image m'est longtemps restée en mémoire: une jeune femme blanche, de profil, tenant dans la bouche un sexe qui me parut gigantesque, le gland rose et la peau métissée. Elle regardait l'objectif avec des yeux révulsés, énormes, et ses lèvres peintes en rose semblaient avoir du mal à contenir la pine turgescente.

Lorsque la séquence de préliminaires nous conduisit tout naturellement au chapitre de la pipe, j'avoue avoir été méthodique sûrement au point de rompre le charme. Mes fous rire d'adolescente ont fait débander plus d'une fois mon partenaire, qui tout érigé en pédagogue qu'il était, n'arrivait pas systématiquement à maintenir son érection.
Sacrilège qui n'a jamais été sanctionné de la moindre fessée, quoique qu'en y repensant, c'était peut-être, mutine, une punition attendue.
Toujours est-il que je besognais mon partenaire à grand renfort d'exclamations.
" Mais tu ne te rends pas compte, c'est super gros, et super long, j'en ai plein la bouche."

Je me souviens l'avoir mesuré avec un double-décimètre, instrument que je serais bien en peine de recenser parmi mes actuels outils. Le verdict eut la force de l'évidence: 18,5cm. Le diamètre ne fut jamais examiné.
De mémoire, c'était un bel engin propre à ramoner moult chattes, et ce qui ne me fit fantasmer qu'après coup.

La pipe donc. Première éjaculation intra-buccale.
Vague dégoût.

" Tu recraches tout dans un Kleenex et tu vas te laver les dents, sinon je ne t'embrasse plus."

Cet homme avait le sens du partage circonscrit à quelques limites. Les enculades féroces , suivies de pipes baveuses, suivies de baisers passionnés, ce n'était pas sa tasse de thé. Boire à sa propre bite, c'était une idée à laquelle il était peu enclin.
Je dus attendre des partenaires plus goulus pour partager aux lèvres ce nectar succulent.
Quand on y a goûté et qu'on s'en délecte, on y revient jusqu'à plus soif."

 

Extrait de, Sept petites histoires de cul, Anne Cécile.
Nouvelle extraite de La première gorgée de sperme, et autres textes.
© Editions Blanche, 2002, pour l'édition originale
© La Musardine, 2011, pour la présente édition

Laisser un commentaire