LA JOIE D’ÊTRE FEMME

POURQUOI IL EST IMPORTANT D'ÉVOQUER (AUSSI) LE PLAISIR FÉMININ QUAND ON PARLE DES MUTILATIONS SEXUELLES FÉMININES.

©PHOTO: Jacob Holdt. 'JOY'. Lagos, NIGERIA.
• L'excision n’a ni race, ni couleur, ni religion.
Elle n’est qu’une mutilation. Infligée aux femmes en raison de leur sexe.
Elle se pratique en Afrique, en Asie, au Proche-Orient, en Inde, ou en Indonésie, pour la même raison: l’opprobre dont fait l’objet, depuis la nuit des temps, la sexualité des femmes, et plus particulièrement, leur plaisir.
 
Les Mutilations Sexuelles Féminines (MSF) sont pratiquées parce que la jouissance des femmes est encore considérée comme susceptible de troubler l’ordre moral et la société. Elles sont une tentative destructrice de réduire les femmes, les jeunes filles à leur plus petite expression. De garder le contrôle sur la sexualité d'un être que la société considère comme sa propriété.
 
Évoquer le plaisir féminin dans le cadre de la lutte pour l’abolition de l’excision, c’est conférer à des millions de femmes à travers le monde, autre chose que leur poids de marchandise et de maternité.
 
C’est un besoin d’appartenance au sein des sociétés procédant à l’acte, qui justifie cette atteinte à l’intégrité physique et aux droits des femmes et des filles. Les mères n'ont connu que ça comme modèle, et ne font que le reproduire. Elles craignent la mise à l'écart, la stigmatisation au sein de leurs communautés. Pour elles-mêmes. Et pour leurs filles. Il faut les éduquer pour mettre un terme à la tradition, à la transmission du féminin sous ces auspices. Et ça passe par leur apprendre à faire part de leur ressenti.
 
En effet, la pratique peut en grande partie se perpétuer parce que les femmes taisent leur douleur, ne savent pas comment la formuler, songent qu’elle va de soi parce qu’elles sont femmes.
 
TOUTE LEUR VIE DURANT, du matin au réveil au soir au coucher, elles abritent dans leur corps un inconfort lancinant, pouvant virer à la douleur chronique, tout en remplissant au sein de leurs sociétés leur rôle de fille, sœur, épouse, mère, belle fille et tante. Sans jamais moufter. Convaincues que tel est le lot de TOUTES les femmes. Parce qu’il n’est pas de coutume de se plaindre dans les communautés auxquelles elles appartiennent, où le groupe prévaut sur l’individu, elles se doivent d’être FORTES. Elles supportent, elles portent, elles prennent sur elles, et jamais ne se plaignent. En partie parce qu’elles ne savent même pas qu’il peut en être autrement. Que leur corps de femme pourrait abriter autre chose que l’expérience sensorielle et émotionnelle désagréable qui est leur lot quotidien.
 
Elles gardent ainsi pour elles la douleur qu’abrite ce dernier et mènent une vie marquée par les conséquences de la mutilation. Une vie toute entière.
Essayez de l’imaginer.
 
Conférer une autre signification au terme "être femme" dans ces communautés, pour que l’appartenance ne se fasse plus au prix de l’intégrité physique, nécessite d’incarner, ici et partout, une autre manière d’être femme. Réaffirmer sous toutes les latitudes, aux femmes et aux jeunes filles qu'elles sont des individuEs, des êtres libres et indépendants qui n'ont aucune obligation de soumission.
 
Libres de disposer de l’espace de liberté qui leur appartient en propre qu’est leur corps, car nos sorts sont liés.
 
Œuvrer à l’abolition de ce crime contre l’humanité que sont les Mutilations sexuelles, cette « solution finale à la sexualité féminine » comme l’avait fort pertinemment qualifié la dramaturge Eve Ensler, requiert que nous fassions AUSSI la promotion de la joie. Que nous osions incarner dans notre corps et notre chair le droit pour les femmes, chaque femme, à disposer d’elle-même. Le droit à SE faire jouir. Et jouir avec la personne de leur choix.
 
Pour que la douleur cesse d'être un héritage. De mère en fille.
 
Les Mutilations Sexuelles Féminines sont une affaire de femmes et de transmission. Leur suppression requiert d’apprendre à nos filles combien leur vulve est puissante. Elle nécessite que nous nous rappelions la joie que peut receler notre corps . Cette joie donnant à chacune le droit d’exprimer un désir qui lui soit propre, d’incarner la volupté qui lui convient.
 
Si leur éradication nécessite de se préoccuper de l’éducation des garçons, leur apprendre que les individuEs femmes sont des êtres qui ont droit de prétendre au respect et à l’autonomie, leur disparition ne saurait faire l’économie d’une transmission et d’une affirmation dans nos sociétés, de la légitimité du désir et du plaisir féminin. Du droit pour chacune à une sexualité comme espace d’absolue liberté.
 
Alors, mobilisons-nous en ce 6 février, Journée Mondiale pour l’abolition des Mutilations Sexuelles (mais aussi tous les autres jours de l’année) pour mettre fin à la souffrance comme condition à la féminité, et pour l’avènement d’une ère nouvelle.
 
Une ère qui verra LE PLAISIR - et non plus la souffrance- communément légué entre mère et fille. Et ainsi, la possibilité pour le plus grand nombre, de personnifier la joie d’être femme.
 
 
 
 
Féministe Païenne, auteure et Parisienne,Axelle Jah Njiké est militante, entrepreneure et administratrice au sein du GAMS(Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles et des mariages forcés).
Productrice, elle conçoit et développe également des contenus éditoriaux consacrés à la diversité de la parole des femmes dans l’espace public urbain, et dans l’intimité.
Elle a publié "Païenne", en 2015 dans le recueil de nouvelles érotiques « Volcaniques : une anthologie du plaisir », sous la direction de Léonora Miano et est à l'initiative de parlonsplaisirfeminin.com, un site dédié à la littérature sexuellement explicite au féminin.

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