LE (NOUVEAU) RAPPORT HITE

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Pourquoi avez-vous répondu à ce questionnaire ? Vous a -t-il plu ?
« J’ai répondu à ce questionnaire parce que je pense qu’il est grand temps que les femmes expriment leurs idées sur la sexualité. Vous me demandez s’il m’a plu… Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai éprouvé un grand soulagement de pouvoir enfin exprimer toutes ces choses. Je suis écœurée de lire tout ce que les hommes écrivent sur ma sexualité. »
« Votre questionnaire est formidable. C’était vraiment passionnant de réfléchir à toutes ces choses. Nous devrions communiquer beaucoup plus entre femmes ; nous avons tant à apprendre les unes des autres. J’ai découvert ma sexualité très péniblement ; ça devrait être beaucoup moins difficile, surtout si les femmes mettent en commun leur expérience. »
« Je vous suis reconnaissante de m’avoir aidée à découvrir ce que je ressens vraiment vis-à-vis de la sexualité en général et de la mienne en particulier. Personne, dans mon entourage, ne pourrait me comprendre, si bien que je n’aborde jamais ces sujets. Maintenant, je me sens bien, comme si j’étais soulagée d’un pesant fardeau. Depuis longtemps, je savais qu’il fallait que ça éclate. »
« J’ai répondu à votre questionnaire parce que votre idée me plaît énormément : pour une fois, les femmes peuvent dire ce qu’elles aiment et ce qu’elles n’aiment pas, ce qu’elles désirent et ce qu’elles ne désirent pas. Je suis excédée par tous ces hommes qui me disent ce que je devrais désirer et ressentir et tout ce qu’est ou ce que devrait être ma sexualité. Jamais je n’irais dire à un homme ce qui devrait être la sienne. Comment le saurais-je ? »
« Je pense que les résultats de votre enquête seront significatifs. Comme les réponses sont anonymes et écrites, on peut s’exprimer en toute franchise, sans aucune gêne. Il me serait très difficile de dire les mêmes choses à quelqu’un et je suis certaine que bien des femmes sont dans mon cas. Je crois qu’il est extrêmement important que les femmes sachent ce qu’éprouvent d’autres femmes… je ne parle pas de celles, plus libres sexuellement, qui peuvent étaler publiquement leurs expériences ou qui n’hésitent pas à avoir des rapports sexuels dans les laboratoires de sexologie. Ces femmes sans complexes ne représentent certainement pas la majorité de la population féminine. Je veux parler des « femmes moyennes », c’est-à-dire de celles avec lesquelles nous pouvons nous identifier.
« J’ai répondu à ce questionnaire parce que j’espère d’une façon ou d’une autre éclairer d’autres femmes et leur éviter de vivre ce que j’ai vécu avant de comprendre qu’elles ne sont ni « frigides », ni « incapables », ni « anormales ». Malgré tout ce qui est écrit sur le sexe, beaucoup de psychiatres, de psychologues, de médecins, etc. sont encore trop rétrogrades, trop incompréhensifs pour nous être de quelque utilité. Même dans les centres urbains importants, certains éminents professeurs de psychologie, dans les facultés, ne savent pas qu’il est nécessaire et important pour la femme d’avoir des orgasmes. Mon propre gynécologue, il y a six ans, dans une très grande ville, m’a dit que l’orgasme m’« arriverait » un jour, « au moment où je m’y attendrais le moins. ». Fort heureusement, je ne me suis pas contentée d’attendre tranquillement le miracle ! »
« J’ai beaucoup apprécié votre questionnaire. Il m’a permis d’apprendre bien des choses sur moi-même. Depuis que j’ai rédigé mes réponses, certains points m’apparaissent plus clairement. Je ne pend-sais pas du tout que ça me prendrait tant de temps, mais ça valait la peine ! J’aurai voulu en garder un double, mais si mon mari tombait dessus, il souffrirait trop et je ne veux pas lui faire ça ; au fond, il a toujours été très gentil avec moi. J’aimerais qu’il soit un peu plus féministe, mais les choses en sont là…J’espère que mes réponses vous seront utiles. »
« J’ai répondu parce que j’aimerais apporter ma contribution à la connaissance collective de la sexualité féminine et je suis persuadée que vous avez raison d’aborder le problème et de définir notre sexualité sans théoriser. Je ferai davantage confiance aux réponses que vous obtiendrez qu’aux renseignements que les gynécologues et les sexologues masculins ont obtenu sur la sexualité féminine. Nous avons besoin de savoir, mais nous n’avons pas grand chose à tirer de toutes les études qui ont été faites par des hommes. J’ai aimé vos questions ; elles m’ont fait réfléchir profondément à beaucoup de choses. »
« J’avais justement très envie de me confier à quelqu’un, de tout déballer. Mon partenaire connaît beaucoup de mes sentiments, mais pas tous. Je voudrais en savoir plus long sur le sexe, mais la plupart des livres que j’ai lus ne sont pas tellement révélateurs. Ils ne répondaient pas aux questions importantes ; J’espère sincèrement que votre livre, quand il paraîtra, y répondra. Mes amies ne savent pas grand chose non plus. A notre âge ( j’ai dix-huit ans, bientôt dix-neuf) nous sommes vraiment dans l’ignorance en ce qui concerne le sexe. »
« C’était formidable ! Il était question de ma vie sexuelle et non pas de ce qu’il convient de faire pour contenter les hommes ! »
« Vous m’avez aidée à voir plus clair dans mes besoins sexuels. Je suis heureuse que vous nous ayez demandé d’être très explicites. J’ai également pu aborder des régions de ma sexualité que j’ai envie de développer afin de tirer du sexe plus de satisfactions. Je pense en particulier au complexe qui m’empêche de demander à mes partenaires de me faire ce qui me procure du plaisir. »
« Vos questions m’ont sûrement fait réfléchir sur moi-même ! Je me suis sentie un peu gênée quand j’ai écris les réponses, jugeant à certains moments que les questions étaient vraiment trop indiscrètes… Je n’aurais certainement pas répondu si vous m’aviez demandé mon nom et mon adresse ! Au fond, je crois que j’en ai appris sur moi plus long que ce que vous saurez en me lisant. »
« Il m’a semblé que ce serait une excellente façon de dialoguer avec moi-même… votre intervention n’étant que secondaire. Maintenant, je suis heureuse d’avoir répondu à vos questions. Il y a quatorze ans que je tiens mon journal… jamais je n’y ai écrit quoi que ce soit de sincère à propos de ma vie sexuelle. En vous répondant, j’ai pu mettre au jour des choses cachées qu’autrement je n’aurais jamais révélées à quiconque ! »
« Ce qui me plaît le plus, c’est de penser que je m’adresse à d’autres femmes. »
« Quand j’ai lu le questionnaire, j’ai pleuré. Il y a si longtemps que je mens sur des tas de choses ! Comprendre cela, c’était déjà beaucoup, mais j’ai voulu remplir le questionnaire pour m’obliger à tout préciser par écrit. Sans aucun doute, vous avez rendu le même service à d’autres femmes qu’à moi et la publication des résultats en atteindra encore davantage qui, comme moi, apprendront des vérités qu’elles ne voulaient pas s’avouer. »
« En répondant, j’ai vécu une expérience extraordinaire avec le plus profond de moi-même, mon passé, et ma sexualité. Tout ce que je peux dire, c’est que les questions m’ont fait pensé que les femmes « vieillissantes », encore sexuellement actives, ont vraiment peu de domaines où elles peuvent trouver satisfaction, que ce soit ou non à l’occasion de relations amoureuses. »
« Après m’avoir fait remplir un nombre impressionnant de feuillets de papier, vous me demandez pourquoi je l’ai fait ! J’estime que toutes les femmes, quels que soient leur âge et leur expérience devraient être plus ouvertes, plus franches et apprendre beaucoup les uns des autres. Certains jeunes prétendent détenir le monopole de l’expérience sexuelle. Ils ont encore beaucoup à apprendre. ! »
« J’ai répondu parce que je trouve qu’il n’y a pas assez de statistiques sur les femmes septuagénaires et qu’on comprend mal la situation des veuves. A mon âge, dégagée de toute responsabilité, je ne veux pas de la vie conjugale, mais je n’ai jamais cessé d’avoir des désirs sexuels. Je veux pouvoir vivre à la limite de mes possibilités. »
« Ma fille qui a vingt-trois ans, m’a appris à m’exprimer avec franchise. Ce que je dis ici lui est destiné, ainsi qu’à toutes les jeunes femmes. »
« J’avais déjà lu des résultats d’enquêtes sexuelles ; toutes les femmes semblaient heureuses, bien adaptées, maîtresses d’elles-mêmes… et, toutes, elles avaient des orgasmes. Je me sentais à l’écart, anormale. J’ai répondu parce que je voulais que vous connaissiez le cas d’une femme qui, comme moi, lutte encore pour avoir des orgasmes et qui veut aboutir ! »
« N’ayant pas d’orgasmes, je suis obsédée par le sexe. Je me sens un peu mieux depuis que j’ai pu exprimer mes frustrations. »
« J’ai répondu parce que je crois qu’il est essentiel que le point de vue des femmes soit publié. J’ai lu beaucoup de livres sur le sexe, tous écrits sur l’homme, par des hommes et pour les hommes. J’aimerais pouvoir demander au docteur Freud combien d’orgasmes avait Mme Freud ! »
« Je crois que toutes les femmes devraient disposer d’informations sérieuses sur la sexualité féminine. Il est temps que nous nous comprenions les uns les autres au lieu de nous contenter d’essayer de comprendre les hommes. »
« Les questions m’ont gênée, surtout celles qui sont restées sans réponse… Mais je pense que votre enquête est une mine de connaissances et c’est pour ne pas tromper les femmes qui liront vos résultats que je me suis obligée à être sincère. Je suis intimement persuadée que l’éducation sexuelle sera le facteur le plus puissant de la libération des femmes. C’est pour cela que j’ai répondu. »
« J’ai répondu parce que j’en ai marre de tous les mensonges qui ont été imprimés sur la sexualité des femmes, surtout sur celle des lesbiennes. »
« J’ai répondu parce que j’espère que votre livre voudra donner une image réelle et authentique de la sexualité féminine. J’en ai par-dessus la tête de tous ces hommes qui écrivent à propos des femmes et qui prétendent nous dire ce que nous devrions ou ne devrions pas ressentir. Ils ne peuvent absolument pas le savoir. «
« Après tant d’hommes qui ont dit ce que devrait être la sexualité féminine, il faut que les femmes disent ce qu’elle est ! »
« J’ai répondu parce que je suis très intéressée par l’idée d’une information sexuelle recueillie par des femmes à propos des femmes. Votre enquête me semble riche en possibilités constructives et j’espère qu’il y en aura d’autres à l’avenir ; il faut que les femmes rejettent tous les vieux préjugés concernant leur sexualité et essayent de découvrir ce qu’elle est en réalité ; et ce qu’elle peut être. Il faut nous libérer de l’étau des vieux principes judéo-chrétiens et freudiens. En vous répondant, je voulais sortir des sentiers battus et avoir une idée plus précise de ce que je suis, en tant que femme sexuelle. Bonne chance ! »
Shere Hite
 Titre original :
 THE HITE REPORT
 ©Shere Hite, 1976. Tous droits réservés.
 ©Traduction française : Editions Robert Laffont, S.A., 1977,2002.

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