*EXTRAIT* MA REDDITION

3fb1a1cbb326fc1aa3f7024044393b19

« Je suis, voyez-vous, une femme qui a cherché la reddition toute sa vie – pour trouver quelque chose, quelqu’un à qui je pourrai soumettre mon égo, ma volonté, ma misérable condition mortelle. J’ai tâté de différentes religions et de différents hommes. J’ai même essayé un homme d’Eglise. Et puis il m’a trouvée, moi, l’agnostique qui mendiait ma soumission.

«  Penche-toi », disait-il, doucement, fermement.
Encore aujourd’hui j’entends cette phrase résonner au tréfonds de mon être.

L’enculade est le grand acte anti-romantique – à moins que, bien sûr, comme moi, votre idée de la romance ne commence à genoux, la tête enfouie dans un oreiller. La poésie, les fleurs et les promesses « jusqu’à ce que la mort nous sépare » n’ont guère place dans l’arrière-pays. La pénétration anale implique le tranchant de la vérité, et non les doux replis de la sentimentalité propre à l’amour romantique. Mais l’enculerie est plus intime que la copulation. Vous risquez de montrer votre merde, au propre comme au figuré.
Vous accueillez un homme dans vos entrailles – votre espace le plus profond, l’espace que vous avez appris, toute votre vie, à ignorer, à cacher, à taire – et votre conscience s’éveille. Qui a besoin de diamants, de perles et de fourrures ? Celles qui n’ont jamais été jusqu’où j’ai été. En terre promise, au royaume des cieux.

Si vous laissez un homme vous enculer – et seul l’amant vraiment délicat devrait avoir ce privilège -, vous apprendrez à avoir confiance non seulement en lui mais en vous-même, absolument sans contrôle. Et au-delà du contrôle il y a Dieu.

L’humiliation est le plus grand de mes démons mais, quand mon œil de bronze est enfoncé, je découvre que mes craintes sont infondées. C’est grâce à cette reddition sensuelle, ce chemin interdit, que je me suis trouvée, que j’ai trouvé ma voix, mon esprit, mon courage… Et mes bêlements de vieille bique ! Ceci n’est pas un traité féministe sur l’égalité. Ces pages sont la vérité sur la beauté de la soumission. Le pouvoir de la soumission. Pour moi, voyez-vous, j’ai découvert par hasard la grande farce cosmique, l’ironie suprême de Dieu.

Entrez par la sortie. Le Paradis vous y attend. »

©Crédit Photo: Tous droits réservés.
Titre original : The Surrender, an Erotic Memoir ©Toni Bentley, Regan Books an imprint of HarperCollins Publishers ; 2004 © Maren Sell Editeurs, 2006, pour l’édition française © La Musardine 200è, pour la présente édition.
A PROPOS DE L’AUTEURE : Toni Bentley a dansé pendant dix ans avec le New York City ballet, la célèbre troupe néo classique de George Balanchine. Elle est l’auteur de Saison d’hiver : journal d’une danseuse ( Ecole des loisirs, 1983), et de plusieurs essais tous publiés aux Etats-Unis.

Laisser un commentaire