*EXTRAIT*

PAM GRIER

Païenne

Axelle Jah Njiké

Il la fouille bien mieux qu'avec une queue, avec une science presque féminine.
Très délicatement, avec une tendresse infinie. Ses doigts glissent sans rencontrer la moindre résistance dans ses plis d'une onctuosité éloquente, vu le plaisir intense qu'elle prend. Il a une maitrise parfaite de son corps, dans un va-et-vient péremptoire. Il a envie de la prendre sur le capot de cette voiture où il l'a allongé. Envie de la faire jouir.

Elle se demande si sa queue est comme elle les aime. Épaisse et massive. Avec une peau mordorée. Douce. Elle la veut en elle, le murmure dans son oreille, plus fort, plus loin, plus fort. Il la faire taire d'un baiser, froisse sa culotte sans ménagement contre son pubis. Glisse à nouveau les doigts dans la fente. Les ressorts plein de cyprine pour les lui mettre dans la bouche, qu'elle s'excite encore plus de sa propre odeur. Il plaque ses lèvres sur ses tétons et aspire autant de chair qu'il peut, comme pour l'avaler, puis reprend ses lèvres avec autorité, brutalité, étouffant ses gémissements.

Lui maintenant les cuisses ouvertes, il se laisse couler entre ses jambes, sa langue descendant vers son ventre. Là où l'humidité côtoie la brûlure de la lave qui coule en elle. Qui n'attend que l'occasion de jaillir. Pendant quelques secondes qui lui paraissent durer des heures, il ne fait pas le moindre mouvement, absorbé par la partie la plus secrète de son anatomie. Admirant la toison sombre qui souligne, dissimule son sexe.

Une fois encore, elle est à la mesure de son désir. Il n'aime pas les chattes épilées en ticket de métro. Lui, ce qu'il aime, c'est deviner les poils à la lisière de la culotte et de la cuisse. Il trouve ça plus érotique. Beaucoup plus animal. C'est une promesse de sexe. Son ventre plat accentué le renflement de son pubis. Les petites lèvres luisent comme des langues gourmandes. Elle le sent explorer son pubis du regard, l'ouvrir pour en contempler les lèvres gonflées. Elle s'offre sans pudeur à cet examen, puis au raffinement des jeux qu'il invente avec ses doigts pour la faire trembler.

Elle sait ce qui va venir. Elle sait que sa langue va remplacer sa main agile et douce. Elle ne fait pourtant aucun geste pour voiler sa nudité et, loin de le repousser, elle l'attire un peu plus contre elle. Écartant de ses pouces les grandes lèvres, il repousse sur les côtes les touffes de poils qui lui permettent de découvrir une source brillante, limpide. Introduisant avec délicatesse sa langue dans la fente, tout en ouvrant ses cuisses avec ses mains, il entreprend de la dévorer. La suçant avec une application qu'elle n'a jamais connue auparavant. Enfonçant en même temps deux doigts dans son sexe, puis titillant son clitoris, il alterne douceur, fermeté, tendresse.

Il s'est installé comme s'il avait la nuit devant lui, dégustant son con avec lenteur, d'une langue ample qui fait d'elle une attente éperdue. Il sillonne la fente béante de miel avec suavité, trouve le clitoris qui darde, qu'il lèche avec minutie. Il la sent onduler, essayant de retenir son plaisir, se contractant pour éviter la montée trop rapide de spasmes. Contrant sa résistance, il introduit deux, puis trois doigts, initiant un va-et-vient qui accompagne les oscillations de sa langue. Elle gémit de plaisir tandis qu'il continue d'enfoncer son pouce en elle, de sucer son clitoris palpitant. Il entend sa respiration s'accélérer, aime la senteur ambre qui émane de son sexe tout mouillé, qui palpite comme un cœur battant, qui bave un jus chaud.

Elle songe soudain avec certitude que, s'il avait vécu en des temps primitifs, cet homme aurait été underground est adorateur de la divinité Vulve. Elle n'est que sensations, que langue, doigts, bouche, dents, souffle, peau. Il lèche encore.
Fort, vite. Dessine un huit. Elle devient rivière, lac ou mer. Ses doigts ne suffisent plus, elle voudrait qu'il la baise, la pénètre d'un coup et la baise avec toute la force qu'elle réclame. Mais à cette pensée, brusquement, venant du fond de son âme, une décharge lui traverse le corps, la tête. Elle se met à jouir sous la langue experte de l'homme, en proie à d'interminables secousses. A la fois animale et déesse, elle rayonne au milieu d'une jouissance qui semble ne pas vouloir prendre fin.

Quand il se redresse, quittant le jardin primitif dans lequel il avait pénétré, il brille comme un astre et c'est avec douceur qu'elle l'attire contre elle, se mettant à lui nettoyer le visage du bout de la langue. Il n'a pas souvenir qu'on l'ait jamais toiletté comme ça; avec une telle sensualité, une telle délicatesse, tant de révérence.

- Merci.

Elle se sent bien. Infiniment.

Il lui sourit:

 - Tu es magnifique...

Crédit photo: Pam Grier. Tous droits réservés.
© 2015, Axelle Jah Njiké.
"Volcaniques: une anthologie du plaisir"
2015, Editions Mémoire d'encrier. Tous droits réservés.

A PROPOS DE L'AUTEURE:
D'origine camerounaise, Axelle Jah Njiké est née en 1971 et vit à Paris depuis l'enfance. Entrepreneure, elle conçoit et développe des contenus éditoriaux consacrés à la diversité de la parole des femmes dans l'espace public urbain, et à leur parole privée, dans le cadre de l'intimité. Mère d'une fille, elle vit à Paris.

"Païenne" est sa première publication.

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