QUI A PEUR DU POINT G?

 

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Préface
Professeur Israël Nisand

Il n’y a que parmi les femmes qui ont souffert de l’être que l’on trouve les vraies féministes. Odile Buisson a dû souffrir d’être femme dans son enfance pour enfourcher avec une telle véhémence ses sujets de prédilection. Et comme en plus, elle n’a jamais utilisé la langue de bois, le résultat « décoiffe », comme disent nos jeunes. Ce qu’elle pense, elle le dit et vertement, car elle a conservé une réelle capacité d’indignation. Et ce qui la fâche le plus, c’est le silence pudique de la faculté de médecine sur l’anatomie féminine et surtout sur le fonctionnement des organes du plaisir féminin. Véritable continent noir de la médecine, la fonction orgastique de la femme n’a tout simplement pas été étudiée. Comme si le sujet n’était pas vraiment digne d’intérêt. Comme si on se ridiculisait en en faisant sa thématique scientifique. Et pourquoi alors tant de recherches sur l’érection masculine, pourquoi tous ces médicaments mis en œuvre pour les hommes en difficulté alors que les femmes sont laissées pour compte. Et cette critique est plus que fondée.

Non contente de critiquer ce déficit flagrant, elle s’est retroussé les manches avec Pierre Foldès, urologue bien connu du monde médical pour sa technique de réparation des mutilations sexuelles féminines, et s’est mise au travail, contre vents et marées, pour décrire le comportement du clitoris pendant les rapports sexuels en utilisant un outil qu’elle maîtrise remarquablement, l’échographie. Leur travail commence à être connu de par le monde, bien qu’il n’en soit qu’à son début. Et les esprits chagrins, dont j’ai été, de dire : « Mais à quoi ça sert d’étudier le clitoris pendant un rapport sexuel ? » La réponse est simple : le savoir et la connaissance priment l’action médicale. Connaître la fonction du clitoris pendant l’orgasme pourrait aider à comprendre la dysfonction orgastique qui peut ruiner une vie et détruire un couple. Connaissance donc d’abord, pour pouvoir après poser un diagnostic et pourquoi pas traiter.

Alors la vraie question que se posent certains est de savoir s’il faut traiter les dysfonctions orgastiques de la femme. Et cette question atteste d’une certaine misogynie résiduelle chez nombre de médecins. Quelle est la fonction de l’orgasme féminin dans l’espèce humaine ? Le masculin est indispensable à la sacro-sainte reproduction, seule légitimité avouable de la sexualité. Mais le féminin, totalement inutile à la pérennité de l’espèce, ne serait-ce pas de la concupiscence à l’état pur ? Et on chante depuis longtemps qu’une « femme honnête n’a pas de plaisir » et depuis la nuit des temps, le plaisir de la femme fait peur aux hommes. Ce plaisir bien plus ample, que l’on peut répéter à l’envi sans être bridé par cette fichue période réfractaire. Ce plaisir, subtil mélange d’organique et de psychologique où l’éjaculation n’occupe pas le devant de la scène et où donc rien n’est visible. Ce plaisir-là, il faut le maîtriser, voire l’empêcher, voire même, pour s’approprier totalement la femme, la priver totalement de l’envie d’en avoir en la mutilant avant qu’elle ait pu le découvrir.

Nous sommes tous dans la même galère, mais il y a des premières et des secondes. Et partout sur la planète, c’est bien les femmes qui sont en secondes. Partout, les femmes meurent en couches par milliers, partout elles assument l’irresponsabilité des hommes. Partout, ce sont elles qui travaillent pour nourrir la famille et leurs enfants dont elles n’ont pu maîtriser la venue. Les hommes sont terrorisés par les femmes, origine de la vie masculine et féminine, et je ne suis pas loin de penser que les ressources orgastiques des femmes, bien plus évoluées que celles des hommes, ne sont pas pour rien dans cette angoisse existentielle du monde masculin. Cacher la femme, cacher son visage et ses formes qui sont capables de faire bouger les organes intimes des hommes sans qu’ils puissent le contrôler. Cacher cette honte de démon, source du plaisir masculin qui pourrait aussi le rationner si on leur en donnait la liberté.  

La question de la jouissance féminine est donc bien centrale dans l’immense problème commun à toute l’humanité, la maltraitance des femmes. Sujet tabou s’il en est, l’enjeu de son étude est donc de redonner à la femme ses droits et entre autres celui de revendiquer, comme les hommes le font, un plaisir sexuel capable de contribuer à leur épanouissement sans se faire au passage invectiver par la gent masculine plus soucieuse de maîtrise des corps que de bien-être des femmes.

Oui, Odile Buisson et Pierre Foldès font ici un travail de défricheurs que d’autres qu’eux, pourtant mieux outillés, n’ont pas osé faire ou pire encore n’ont pas osé faire ou pire encore n’ont pas été intéressés par ces questions. Réparer une mutilation sexuelle et redonner vie et plaisir de vivre à une femme, c’était déjà remarquable. Étudier de manière scientifique les organes du plaisir féminin pour permettre plus tard de soigner des femmes dont la mutilation n’est pas anatomique mais autre, une nouvelle étape du travail de ce tandem fructueux. Mais ils sont un peu seuls à mon sens en France. Pourvu qu’ils arrivent à susciter l’intérêt des universitaires et des spécialistes et que cette médecine du plaisir féminin puisse se développer au moins aussi bien que ce qu’on a vu pour l’homme.

Ce livre a donc une fonction importante d’éveil du grand public et des médecins, et la passion et le style sans ambages ne font qu’ajouter au plaisir de sa lecture et à force de sa persuasion.

Extrait de, Qui a peur du point G ? Odile Buisson avec Pierre Foldès.
 © Jean-Claude Gawsewitch Editeur, 2011

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