PAÏENNE

Une nouvelle originale d'Axelle Jah Njiké, extrait de l'ouvrage

©Axelle Jah Njiké, 2015. Tous droits réservés.
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« You are one

and I am another

We should be one

Inside each other»

Inside my love, Minnie Ripperton

 

C'était fin juin, la chaleur naissante de l’été ajoutait une note féérique à l’air ambiant. Leur rencontre avait flambé dans une conversation de soirée exaltante. Ils avaient mangé un peu, dansé, ri beaucoup, au grand bonheur des mariés qui, ami de l’un et collègue de l’autre, les avaient placés côte à côte de manière délibérée. La promesse d’un moment d’absolu s’était concrétisée par des regards répétés, un corps à corps devenu langoureux sur la piste de danse, une adresse amorcée par lui qu’elle avait aussitôt accueillie, l’air de l’attendre. Alors que la fête battait toujours son plein, que les mariés ne s’étaient pas encore éclipsés, il l’avait enlevée et c’est avec empressement qu’elle l’avait suivi. Sur le sentier les ramenant à la voiture, elle lui avait simplement glissé à l'oreille:

« Tu ne peux pas savoir comme j'ai envie de te sucer. Je pense qu'à ça depuis tout à l'heure ». Dans l'obscurité, à deux pas de la voiture, elle lui avait pris la main, l'avait attiré sous sa robe entre ses cuisses.

« Je mouille. Touche. »

Humide de transpiration, chaude de sexe, le regard pétillant, sa robe relevée jusqu'à mi-cuisses, elle lui souriait, un sourire qui lui provoquait un vide dans la poitrine comme quand on rate une marche dans le noir.

« Tu vois, là, ta main est chez elle, tu sens? »

Il y avait la soie, douce, lisse, fluide de la culotte pourpre. Il y avait aussi le bon gros matelas de poils, bien rembourré et dru. Il la serra contre lui, du bout de la langue, se mit à lui lécher le lobe sans arrêter de parler. Sa voix, basse et grave, coulait vers ses tympans comme de la lave. Ils avaient tous deux la sensation de vivre un rêve éveillé. Dans lequel aucun obstacle, aucune barrière ne venait troubler le désir émanant de leurs deux âmes, de leurs deux corps, de leurs deux sexes en symbiose.

Elle levait les yeux, pas trop, afin que sa bouche continue à lui mordiller l’oreille.  Elle souhaitait qu’il parle encore, il pouvait la faire jouir ainsi, rien qu’en susurrant ce qu’il voulait lui faire, n’importe quoi…. Contre la voiture, il l’embrassa à pleine bouche. Juste comme il fallait. S’y promenant avec délectation, sans gloutonnerie. C’était un baiser sensuel, caressant. Une sensation d’extrême douceur, empreinte de saveur, de volupté. Un baiser qui sembla durer une éternité, emplissant la nuit de leurs gémissements. À l’image du désir qui les avait accompagnés toute la soirée. Leurs langues se cherchaient pour se perdre aussitôt. Se nouaient, s’affrontaient dans un duel fastueux. Elle se sentait devenir liquide, perdant son souffle dans celui de l’homme. Grisée par la langue agile qui enrobait la sienne. Ils s’interrompirent un bref instant, tentant de reprendre leur respiration. Se dévorant du regard avec le même ravissement, ils reprirent le cours de leur étreinte.  Heureux et stupéfaits.

Elle l’ avait désiré à l’instant même où il était apparu. Bel homme, la quarantaine, grand, brun, il avait un visage marqué, avec une cicatrice au menton qui lui donnait un charme viril singulier. Elle avait d’abord noté ses mains. Comme toujours. Puissantes et vigoureuses, elles avaient été annonciatrices pour elle de ce qui pouvait suivre. D’un battement de cils, ses pupilles avaient enregistrées, au travers du pantalon de smoking noir, les cuisses musclées comme celles d’un rugbyman, le corps brun taillé en V parfait. Une prestance, une allure des plus désirables, qu’accompagnait un regard magnétique, d’une séduction irrésistible. Ayant pris place sur la chaise près d’elle, après avoir brièvement salué les autres convives à leur table, il s’était tourné dans sa direction avec aux lèvres, un sourire ravageur.

« Éric. »

« Bonsoir. Bahia. »

«  Bonsoir Bahia. »

Sa main était chaude, sa prise ferme, robuste. Elle aima le contact de sa peau sur la sienne. Elle avait croisé les jambes, sans ostentation, sans provocation, juste pour être mieux assise, plus concentrée. Dans le mouvement, sa robe était remontée, dévoilant ses cuisses. Elle n’avait pas eu un geste pour la rabattre sur ses genoux. Il avait baissé les yeux vers la chair dénudée, puis avait replanté son regard dans le sien. Avec un sourire qu’elle connaissait. Celui d’un homme qu’on vient de mettre en appétit. Et ça lui avait plu. Qu’il ne fasse pas semblant de ne pas avoir vu. Qu’il la regarde encore dans les yeux. Qu’il lui sourie. Qu’il ait faim. L’attirance tenait à peu de chose chez elle. À un regard franc. De la connivence. Une promesse de possibles. Il n’en fallait pas plus pour que chaque cellule de son corps s’habille de volupté. Comme s’il l’avait senti, il avait tourné toute sa personne vers elle. Comme s’il l’attendait. Il la fixait, sans gêne, semblant la voir jusque dans les détails de son sexe, pensa-t-elle en prenant conscience de l’afflux du désir dans son ventre. Tout en lui suscitait son appétit. Absolument tout : l’alliage de rondeur et de consistance sans raideur des épaules, la constellation de grains de beauté parsemant ses avant-bras, la densité de la nuque, la puissance des cuisses. Entre eux, le désir venait d’élire domicile, la flambée n’allait pas tarder. Et cette idée la réjouissait. Qu’on ne dise jamais devant elle que la libido féminine ne pouvait pas être ardente et impétueuse.

« Vous sentez divinement bon, Bahia. »

Il s’était penché à son oreille pour prononcer ces quelques mots. Son intonation, le son de sa voix, sa bouche épaisse arborant une moue sensuelle lui avaient donné envie de poser ses lèvres sur les siennes. Parce qu’il lui plaisait, l’intriguait, respirait la vie, semblait avoir une énergie sexuelle aussi forte que la sienne, elle avait une envie folle de se frotter à cet homme. Ce qu’elle lisait dans ses yeux l’invitait à être belle, séductrice, audacieuse, et c’était plus qu’il ne lui en fallait pour se l’autoriser. Au centre de son corps, son sexe pulsait, elle savait qu’il en était la raison. Elle l’accueillait dans toute sa chair.

« J’aime beaucoup vos mains, Eric. »

Il était rare qu’une femme réponde par un tel compliment. Il était rare que ses yeux se posent franchement sur vous, de manière directe. Qu’elle semble savoir pourquoi elle vous désirait. Féminissime, elle était ravissante, avec un beau visage rond, des yeux en amande, et une bouche aux lèvres charnues. Toute en courbes appétissantes, elle attirait les regards masculins et féminins. Mais, davantage que par sa silhouette, il s’était senti touché par une qualité d’être, un éclat qui émanait de sa personne. Il n’avait pas eu envie d’elle parce qu’elle était belle. Mais parce qu’elle paraissait être un monde en soi. Semblait exister à ses propres yeux et pas seulement dans le regard d’un homme. Il avait été conquis par quelque chose en elle d’une simplicité déconcertante qu’il ne lui avait jamais été donné de côtoyer chez aucune autre. Il avait été sensible au fait qu’elle ne minaudait pas, ne cherchait pas à lui plaire, se montrait tactile et gaie avec l’aisance d’une femme qui n’avait besoin d’aucun artifice pour plaire.

À table, dès les premiers mots échangés, une intimité physique et naturelle s’était instaurée entre eux. Une connexion magique qui avait conféré à leurs échanges une liberté grisante. Ils avaient parlé du Brésil, qui avait inspiré aux parents de Bahia le choix du prénom de leur fille unique. De son enfance, bercée par l’harmonieuse relation de deux parents qui se tenaient toujours mutuellement dans la plus haute estime sur les plans, spirituel et affectif. Elle avait mis le feu à son âme en lui confiant des histoires passées de grande tendresse, de grande douceur, de grande amitié, avec du sexe souvent, qui l’avaient rendu jaloux. Elle l’avait touché de partout, à la fois tout au bout et jusqu’au fond de lui en lui avouant que si elle avait parfois cessé de croire, elle n’avait jamais cessé de savoir. Ce qu’il était possible de vivre à deux. Jamais renoncé à l’éprouver. Toujours choisi d’aller vers des relations qui étaient bonnes pour elle, vers des êtres bienveillants. Dans sa manière de se donner, s’abandonner à la parole, mais aussi accueillir, recevoir ce qu’il pouvait lui confier, il avait su ce qu’elle désirait. Reconnu que, tout comme lui, elle voulait quelqu’un qui l’aime et qui la laisserait l’aimer.

C’est sur la chanson de Minnie Ripperton qu’il avait eu la conviction qu’ils allaient mal se tenir d’une minute à l’autre. Sur la piste, au son de la musique, elle s’était blottie contre lui, son corps ondulant avec naturel. Il avait pris soudain conscience à la fois de sa propre respiration et de la sienne. Elle lui communiquait sa chaleur, ardente comme le soleil. Téméraire l’espace d’un instant, il s’était dit qu’il pouvait faire durer le plaisir du désir partagé, pas encore avoué, sur cette piste au son d’un morceau, puis d’un autre, mais il n’en n’avait pas eu la force. Incapable de réfréner davantage son besoin de la toucher, il avait senti sa verge enfiévrée, d’une façon très particulière.

« Viens. Viens avec moi », fut tout ce qu’il eut à lui dire.

Pour toute réponse, elle lui avait adressé un regard d’approbation absolue. On aurait dit qu’elle le saluait dans sa tête et son cœur, mais aussi dans son sexe. Il lui avait pris la main, et ils s’étaient éclipsés comme des garnements, profitant du morceau de musique qui venait de débuter, et dont les accords attiraient à nouveau tout le monde sur la piste.

Il fait glisser une bretelle, puis l’autre de la robe en soie noire sur la peau à la carnation cacao, posant ses lèvres le long de son cou. La peau soyeuse frissonne. Pressant tendrement le bout de ses seins, il flatte et modèle le ventre, sculpte les hanches tout en couvrant ses épaules de baisers, sa nuque. Il peut entendre sa respiration s'interrompre, rester en suspens, reprendre à nouveau, un peu plus fort qu'auparavant. Ses mains délogent un mamelon, puis l’autre. Il avance la bouche vers les tétons, qu’il suce, mordille, tète, avide de cette chair fondante qui s’offre. Ses aréoles se durcissent, bandent entre ses doigts, dans sa main qui presse, agace, malaxe avec dextérité. Dieu qu’ils sont beaux !, songe-t-il, sentant son érection redoubler. Il ne perçoit plus son sexe, pourtant, il sent son érection qui lui semble magistrale. Elle a des lèvres parfumées qui donnent des baisers savoureux. Il se demande si celles du bas ont le même goût. Il presse son membre durci contre son ventre, la serre plus fort dans ses bras, lui dit :

«Tu me plais, ton physique, ta peau, ton odeur… ».  Entrouvrant les yeux, il la voit sourire dans l'ombre avec tendressesent une fois encore le cœur lui manquer. Cette vision le fait bander de plus belle. Il a envie de la goûter. Tout de suite. Descendre vers ses autres lèvres. Prendre la mesure de son humidité.

Avec lenteur, douceur, sa main vient se poser sous la robe, autour de son con. S’alourdit au contact de la culotte en soie, trempée. Sa main suit, sous le tissu , la nudité des cuisses, caresse les fesses, revient à la fourrure pubienne que l’écartement des jambes entrouvre… Elle laisse les doigts fins s’enfoncer dans le marécage de son sexe, inondé de sa propre jouissance. Les introduisant tout au fond de son ventre, il la fait plier. Gémir. Chercher de l’air.

C’est dans de tels moments qu’elle aime être femme, avoir un corps de femme réceptif, par la peau, le toucher, la caresse. Peut-être est-ce parce qu’elle a vécu dans le même espace qu’une mère qui prenait plaisir à faire l’amour, qu’elle se sent-elle toujours heureuse dans l’échange et l’intimité sexuelle. Peut-être est-ce ce mélange de sentiments, de corps, d’émotion, d’imaginaire qu’elle percevait entre ses parents qui l’a doté d’un avenir de femme jouissante et créative dans ses échanges physiques. Lui parlant d’une autre manière d’être au monde. D’un amour qui apportait sa preuve dans la chair.

“ Car l'amour, ma chérie, lui avait dit un jour sa mère, on le fait d'abord avec ce que l'on est, bien avant de le faire avec ce que l'on sait”.

À chaque instant, dans chaque circonstance, de la plus simple à la plus sublime, elle avait cultivé cette parole maternelle. Veiller à être elle-même, su être libre. Loin des normes et du culte de la performance. Elle avait partagé son intimité comme un signe, au-delà de la confiance accordée à l’autre, de la liberté qu’elle s’octroyait.  Celle d’oser s’ouvrir et se dévoiler sans fard et au plus haut degré de sa fragilité. D’accueillir l’euphorie qui accompagnait chacun de ses orgasmes comme une énergie de vie qui lui faisait du bien, lui donnait confiance, la faisait exister et la propulsait.

Son clitoris avait été l’initiateur magique qui lui avait révélé un monde insoupçonné : elle. C’est avec lui qu’elle avait appris à s’ouvrir à une connaissance intime, sans fausse pudeur, d’elle-même. À trouver le plaisir en elle, à le partager, à aimer en donner. D’abord seule, puis avec des hommes avec lesquels elle avait poursuivi le voyage au fond de sa liberté, elle avait exploré plus encore ses capacités à jouir, à habiter sa chair. Consciente que ses mensurations, la forme de ses seins ou la grosseur de ses cuisses n’avait rien à avoir avec le fait que son corps possédait la capacité de dispenser et de recevoir du plaisir.

Elle vivait sa sexualité avec légèreté et profondeur. Toujours dans cet ordre. Vivant  juste ce qu’il y avait à vivre avec chacun en en découvrant peu à peu l’importance, si importance il y avait. Ses rapports intimes s’inscrivant dans le prolongement d’un contrat passé avec elle-même. Avec son corps. Et au centre de celui-ci, son sexe. Dont elle s’occupait comme d’un bien précieux. Comme d’un partenaire sexuel à part entière. Aimé et protégé. Cadeau pour elle et offrande pour l’Autre.

Il la fouille bien mieux qu’une queue, avec une science presque féminine. Très délicatement, avec une tendresse infinie. Ses doigts glissent sans rencontrer la moindre résistance dans ses replis d’une onctuosité éloquente, vu le plaisir intense qu’elle prend. Il a une maîtrise parfaite de son corps, dans un va-et-vient péremptoire. Il a envie de la prendre sur le capot de cette voiture où il l’a allongée. Envie de la faire jouir. Elle se demande si sa queue est comme elle les aime. Épaisse et massive. Avec une peau mordorée. Douce. Elle la veut en elle, le murmure dans son oreille, plus fort, plus loin, plus fort. Il la fait taire d’un baiser, froisse sa culotte sans ménagement contre son pubis. Glisse à nouveau les doigts dans la fente. Les ressort pleins de cyprine pour les lui mettre dans sa bouche, qu’elle s’excite plus encore de sa propre odeur. Il plaque ses lèvres sur ses tétons et aspire autant de chair qu’il peut, comme pour l’avaler, puis reprend ses lèvres avec autorité, brutalité, étouffant ses gémissements. Lui maintenant les cuisses ouvertes, il se laisse couler entre ses jambes, sa langue descendant vers son ventre. Là où l’humidité côtoie la brûlure de la lave qui coule en elle. Qui n’attend que l’occasion de jaillir. Pendant quelques secondes qui lui paraissent durer des heures, il ne fait pas le moindre mouvement, absorbé par la contemplation de la partie la plus secrète de son anatomie. Admirant la toison sombre qui souligne, dissimule son sexe. Une fois encore, elle est à la mesure de son désir. Il n’aime pas les chattes épilées en tickets de métro. Lui, ce qu’il aime, c’est deviner des poils à la lisière de la culotte et de la cuisse. Il trouve ça plus érotique. Beaucoup plus animal. C’est une promesse de sexe. Son ventre plat accentue le renflement de son pubis. Les petites lèvres luisent comme des langues gourmandes. Elle le sent explorer son pubis du regard, l’ouvrir pour en contempler les lèvres gonflées. Elle s’offre sans pudeur à cet examen, puis au raffinement des jeux qu’il invente avec ses doigts pour la faire trembler. Elle sait ce qui va venir. Elle sait que sa langue va remplacer sa main agile et douce. Elle ne fait pourtant aucun geste pour voiler sa nudité et, loin de le repousser, elle l’attire un peu plus contre elle. Écartant de ses pouces les grandes lèvres, il repousse sur les côtés des touffes de poils qui lui permettent de découvrir une source brillante, limpide. Introduisant avec délicatesse sa langue dans la fente, tout en ouvrant ses cuisses avec ses mains, il entreprend de la dévorer. La suçant avec une application qu’elle n’a jamais connue auparavant. Enfonçant en même temps deux doigts dans son sexe, puis titillant son clitoris, il alterne douceur, fermeté, tendresse.

Il s’est installé comme s’il avait la nuit devant lui, dégustant son con avec lenteur, d’une langue ample qui fait d’elle une attente éperdue. Il sillonne la fente béante de miel avec suavité, trouve le clito qui darde, qu’il lèche avec minutie. Il la sent onduler, essayant de retenir son plaisir, se contractant pour éviter la montée trop rapide de spasmes. Contrant sa résistance, il introduit deux, puis trois doigts, initiant un va-et-vient qui accompagne les oscillations de sa langue. Elle gémit de plaisir tandis qu’il continue d’enfoncer son pouce en elle, de sucer son clitoris palpitant. Il entend sa respiration s’accélérer, aime la senteur d’ambre qui émane de son sexe tout mouillé, qui palpite comme un cœur battant, qui bave un jus chaud. Elle songe soudain avec certitude que, s’il avait vécu en des temps primitifs, cet homme aurait été un fervent adorateur de la divinité Vulve. Elle n’est que sensations, que langue, doigts, bouche, dents, souffle, peau. Il lèche encore. Fort, vite. Dessine un huit. Elle devient rivière, lac ou mer. Ses doigts ne suffisent plus, elle voudrait qu’il la baise, la pénètre d’un coup et la baise avec toute la force qu’elle réclame. Mais à cette pensée, brusquement, venant du fond de son âme, une décharge lui traverse le corps, la tête. Elle se met à jouir sous la langue experte de l’homme, en proie à d’interminables secousses. À la fois animale et déesse, elle rayonne au milieu d’une jouissance qui semble ne pas vouloir prendre fin.

Quand il se redresse, quittant le jardin primitif dans lequel il avait pénétré, il brille comme un astre et c’est avec douceur qu’elle l’attire contre elle, se mettant à lui nettoyer le visage du bout de la langue. Il n’a pas souvenir qu’on l’ait jamais toiletté comme ça; avec une telle sensualité, une telle délicatesse, tant de révérence.

« Merci. » Elle se sent bien. Infiniment.

Il lui sourit :

« Tu es magnifique… »

L’un de ses amants l’avait un jour qualifiée de païenne. Elle avait éclaté de rire tant le terme lui avait semblé juste. La sexualité avait toujours eu une place de choix dans sa relation à elle-même. Elle la concevait comme un outil – merveilleux, ludique – lui permettant de se rapprocher, d’échanger avec l’autre. Son sexe était le noyau dur d’où jaillissait l’émotion, la joie, le plaisir. Sa féminité puisait aux sources de sa son érotisme pour s’épanouir. Fidèle à ses pulsions, elle aimait avoir, en présence des hommes, une envie de gestes. Céder avec allégresse à l’attirance d’un corps. Suivre ses élans avec curiosité. Son désir était une fête à laquelle elle conviait volontiers ceux qui appréciaient qu’elle les choisisse. Elle voulait que chaque homme avec lequel elle allait lui apprenne quelque chose. D’elle. De sa sensualité. De son plaisir. De son potentiel de jouisseuse. Même lorsqu’elle était objet de la convoitise de l’autre, elle restait sujet de sa vie. Sujet d’un goût réellement fort pour les choses de la chair, de l’intime. Qui remontait, lui semblait-il, aux premiers jeux de l’enfance, empreints d’innocence, qui allaient de pair avec la curiosité et la liberté d’explorer.

Charnelle, elle aimait fabriquer l’amour, le faire, le vivre. Ce n’était pas les hommes qui la faisaient jouir. C’est elle qui s’accordait l’espace pour la jouissance et qui acceptait de partager cet espace avec eux. Elle n’avait aucune inclination pour les rencontres fugaces, les inconnus qui vous quittaient aussi vite qu’ils vous avaient pénétrée. Pour un soir ou pour la vie, elle avait besoin d’être touchée par toutes les facettes de l’autre, les libertés qu’il savait prendre, la promesse d’agrandissement qui en émanait. Son sexe n’accueillait que ceux qui s’ouvraient à elle, avec chaleur, naturel, authenticité. Son intimité se nourrissait ainsi de relation, de gaieté, de rapport direct aux sensations. Mais plus que tout, d’émotion. Elle lui accordait une place centrale. En dehors de ce cadre humain, relationnel, joyeux, la sexualité perdait tout sens pour elle. Elle aimait le sexe, mais le plaisir charnel chez elle n’oubliait pas l’âme, le tremblement, l’indicible. Le sacré. La passion sexuelle était teintée de spiritualité, empreinte de la conviction profonde que les énergies pouvaient dans ces moments-là ouvrir à d’autres niveaux de conscience. D’autres manières d’être au monde.

Oui, elle était une païenne, si cela voulait dire qu’elle était faite pour l’amour, qu’un cœur lui battait aussi dans la chatte, que son corps était un temple, une cathédrale où venaient vibrer les sons, les souffles, les trompettes de sa jouissance. Mais Dieu que c’était bon ! Cette fougue inouïe en elle qui ne demandait qu’à sortir, à jaillir ! Cette chair qui palpitait, désirait avec ferveur, en disant oui au monde, à l’univers ! Ce plaisir tout à la fois déroutant, impulsif, tellurique et cosmique qui l’emplissait chaque fois de gratitude.

Si c’était cela être femme dans la sexualité, alors oui, elle était Païenne. Gaie. Reconnaissante. De jouir dans son corps et au-delà de lui…. célébrant ainsi son droit de naissance à une jouissance sans limites. La plus haute possible.

Elle était heureuse de nourrir son âme, son cœur, en n’ayant pour seule religion que son plaisir. De s’emparer de chaque occasion de faire naître l’extase, telle une prêtresse de temps révolus où la femme était considérée comme source de vie et vénérée comme telle. Enseignant dans l’acte d’amour, d’amour sexuel, que l’érotisme n’était que la porte ouverte sur un autre possible. Ouvrant à soi, à l’Autre, à l’Univers. Une porte ouverte sur le paradis. Sur le divin en chacun de nous. Toujours. Encore.

Pendant un moment, elle reste allongée, à l’étreindre. Rechargeant ses batteries et jouant avec son pénis en érection. Dans la nuit, elle a de nouveau soif de son sexe, soif de ses doigts dans son corps, soif de le sucer jusqu’à le boire tout entier. Elle a envie de sentir le grain de la peau, le goût de son sexe. D’entrer de tous ses sens dans le monde entier de son corps à lui. Il lui plaît. Son corps lui plaît. Son sexe va lui plaire, elle le sait déjà. Elle dégrafe la ceinture, déboutonne la braguette. Il ne porte pas de slip. Sa queue longue et charnue jaillit d’un seul coup, comme un diable d’une boîte. Amusée, elle se redresse, regardant le gland magnifique qui bat la mesure dans sa main. Il a une queue brune et courbe, comme elle les aime, d’une extrême douceur au toucher. Large à la naissance de sa cuisse, elle est mise en valeur par une toison brune aussi épaisse que ses cheveux. L’ensemble est d’une troublante harmonie. Avec douceur, elle insinue ses doigts dans les poils, caresse le sexe. Puis, elle plonge sa main au plus secret de l’entre-jambe, pour soupeser les couilles dures. Pendant longtemps, elle prend un plaisir suave à le caresser, insinuant ses doigts dans son pelage. Il se laisse faire. Il n’aurait pu rêver mieux. Une femme, totalement femme, désireuse de sa virilité, qui l’encourage à être homme, tendu pour elle. Sa respiration s’accélère. Lentement, elle griffe sa queue de bas en haut. Puis salive abondamment sur son gland, se met à le branler en regardant ses yeux virer à la folie. Elle le branle très fort, très vite, le regard plongé dans le sien. Ce rythme effréné déclenche, dans chacun des pores de sa peau, un brasier insensé. À un moment, il ouvre les yeux, croise son regard.

« J’ai très envie de te sucer. Je peux ? », lui demande-t-elle, une moue insolente aux lèvres. La main sur son manche. La bouche entrouverte. La garce. Pour toute réponse, il pousse sa queue contre ses lèvres. Elle ne rêvait que de cela. L’enfourner. Goulûment. Tout entier. Estimer la mesure de son sexe avec sa langue. Il lui a donné beaucoup de plaisir. Elle veut qu’il en prenne autant. Le tenant enfin à deux mains, elle entrouvre ses lèvres pulpeuses, l’enrobe complètement. Elle aime sa peau, ses poils, l’odeur de musc, son goût sauvage, poivré. Elle l’enfourne jusqu’à la garde, plongeant son nez dans la toison brune. Elle la garde un moment ainsi, dans la chaleur de sa bouche, sans bouger. Puis l’aspire à s’en creuser les joues. Avant de la libérer avec un bruit de succion, luisante de salive, s’amusant à titiller le gland avec la pointe de sa langue. Elle sent sa main sur sa tête qui l’encourage, réclame encore. Elle remonte la hampe fière, qui se tend à la recherche du nid douillet de sa bouche. Elle le suce avec avidité sur toute sa longueur. Le sent tendu, perdu, affolé, sous la précision de ses caresses. Elle suce comme une reine. Il n’a jamais été sucé comme ça. Personne ne lui a jamais fait ça aussi bien. Avec autant d’amour, d’affection, de beauté dans le geste. C’est un délice. Sa bouche est un berceau de douceur, de tiédeur, d’onctuosité. Elle aime avoir un sexe dans sa bouche. Elle aime le sentir palpiter, s’émouvoir. Il ne suffit pas de connaître les bons gestes, les bonnes caresses, les bonnes positions. Encore faut-il les réaliser avec subtilité, application, conviction et générosité. Entre ses lèvres, sa bite est un chef-d’œuvre de velours. Parfois elle se relève, l’embrasse tendrement, pour à nouveau couler de ses lèvres à sa bite. Sucer un homme est pour elle à la fois la chose la plus naturelle et la plus facile du monde. Quand elle en a envie. Dans la fellation, le plaisir qu’elle donne l’envoûte et la fait jouir tant elle se sent soudain capable, puissante et généreuse. Elle aspire la queue de cet homme qui l’a fait juter, avec délectation. Elle y prend plaisir. Véritablement. Peut-être plus encore qu’il a semblé en prendre à aller dans son fourré juteux, tout à l’heure. Elle aime la voracité dont il a fait preuve à déguster jusqu’à l’ivresse son sexe de femme. À la lécher jusqu’à la jouissance. À ce souvenir, elle sent la cyprine couler plus abondamment dans sa vulve, la chaleur circuler par vagues de ses reins à son ventre, d’entre ses cuisses à sa bouche. Enivrée de désir, elle glisse sa main plus bas, entre les jambes de l’homme, à la rencontre de ses couilles dures comme sa queue. Avec la plus grande douceur, elle palpe, presse, flatte, écrase, caresse. Prend l’une après l’autre dans sa bouche, tandis qu’elle le branle d’une main impérieuse. Impériale. Il se penche, l’embrasse avec force, leurs langues se heurtant dans une précipitation de chair et de salive, cherchant, sondant frénétiquement. « Fais-moi jouir !», lui ordonne-t-il.

Docile, elle happe à nouveau son gland, l’engloutissant bien au chaud dans sa bouche, humide et glissante. Puis le recrache, le reprend, l’affole de coups de langue rapides, vifs et légers. Certaines femmes sont des branleuses ou des baiseuses, elle, elle est avant tout une suceuse. Qui essaye toujours d’imaginer ce qu’un homme peut éprouver lorsqu’il sent sa queue aspirée par sa bouche chaude, ses lèvres charnues, lorsque sa langue le parcourt de bas en haut, lorsque sa main soupèse ses couilles durcies, qu’il se laisse mener à l’orgasme par sa bouche agile et vorace.

Elle aime deviner le moment qui précède l’éjaculation. Il y a quelque chose de très beau à quoi elle est heureuse de participer, qu’elle est contente de précipiter. Elle sent les spasmes annonciateurs, accélère alors le va-et-vient de ses lèvres et de sa main sur sa queue. Il décharge aussitôt, le corps tendu, en gémissant de plaisir. Le premier jet de sperme est puissant, abondant. Suivi d’un deuxième, d’un troisième. Elle fait en sorte que ses dents ne touchent pas le pénis, prend avec avidité tout le liquide chaud. Elle lui trouve une texture douce, une saveur acidulée. Laissant échapper quelques gouttes de ses lèvres, elle les recrache sur sa queue pour le sucer, encore et encore, sans le quitter des yeux tandis qu’il revient à lui. Elle le contemple avec attendrissement ou quelque chose qui y ressemble, en le retenant dans sa bouche au-delà du nécessaire, comme si elle voulait le garder toujours. À cette minute, elle est la femme la plus importante de sa vie. À cet instant, il donnerait tout pour ces yeux-là, pour ce nez-là, pour cette bouche-là. Elle est tout ce qu’il aime. Elle n’est pas l’amante d’un soir, elle est la femme qu’il veut et celle qu’il aimerait être. Celle dont toutes les lignes du corps, l’âme, la joie, l’émeuvent. Dans un baiser qui paraît être la caresse la plus intime de toutes celles partagées, il se penche sur sa bouche, lèche ses lèvres encore imprégnées de lui, et l’embrasse.

Dans la voiture où ils ont précipitamment dû trouver refuge – une violente pluie s’abattant soudain sur eux –  la culotte de fine dentelle qu’elle ôte en se dandinant sur le siège passager est maculée de voluptés intimes. La dissimulant dans sa pochette de soirée, elle le regarde, baisse les yeux, rit.

Lui,  il bande à nouveau.

 

"Païenne" © Axelle Jah Njiké. 2015.Tous droits réservés.

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